réZonance nous est plus qu’utile, indispensable. Comme l’est aussi le site web de partage de l’information mézenc.fr. Nous, qui nous ? Je pense à Marie Krieg et Nicolas Mathevet, deux jeunes étonnamment dynamiques. Depuis quatre ans, ils redonnent vie à une ancienne ferme du hameau de Molines, à Borée, tout en ayant donné la vie à deux tous petits dont la dernière vient d’arriver alors que leur logis est en chantier. Ils font tout de leurs mains. Accompagnateurs de montagne, ils ne peuvent se payer des artisans mais suivent leurs conseils. Sans le sous, ils conçoivent leur profession comme un outil de dynamisation de la vie locale, ils la mettent au service de la création permanente de liens culturels entre toutes les catégories du tissu social du massif du Mézenc, dont Borée est le joyau d’un trésor volcanique et paysager encore trop ignoré, à la charnière des hautes Boutières et du Plateau du haut Vivarais.

Je pense aussi à Frère Maximilien-Marie, un moine hautement improbable, ensoutané des sandales au col, truculent personnage, religieux traditionaliste et monarchiste avec la même conviction que je suis athée et républicain. Lui aussi restaure une antique demeure, le Mesnil-Marie dans le hameau de Condas, à Saint-Martial, pour abriter son association le Refuge Notre Dame de la Compassion. Historien du pays, de la France comme de l’Ardèche, il n’a pas son pareil pour tisser la synergie des gens qui ne s’économisent pas pour la vitalité locale, qui se donnent sans compter.

Frère-Maximilien, s’il n’avait épousé un autre destin, aurait pu être le père de Marie et Nicolas. Aussi chauve que Frère Max mais édenté, je pourrais être le grand-père des deux loupiots de Marie et Nicolas. Nous voilà de trois générations à avoir fait le même choix, peu sérieux pour qui regarde à sa peine, de restaurer un patrimoine architectural qui recèle une histoire qui a de l’avenir. Et, est-ce curieux, nous partageons des projets collectifs –« Montagne, Ouvre-toi ! », Art’Borée Sens, le Centre Haroun Tazieff, d’autres encore…– alors même que nos choix individuels en matière de logement ne furent en rien concertés.

Ce « nous », ce sont aussi Lucette et Hubert-Marie Piteux, avec lesquels nous avons mis sur pied cette année les rencontres « Chœurs de Volcans, de Sources et de Montagnes ». Eux aussi ont conduit une restauration remarquable, aux Beaumes, sous Borée.

Pourquoi réZonance et mézenc.fr nous sont indispensables alors que, somme toute, nos choix de reconstruction sont individuels et privés ?

Parce qu’il s’agit de culture, celle d’une architecture paysanne, parce que le lien culturel passe peut-être avant tout par l’attention portée à l’harmonie d’un coin de pays, harmonie qui ne peut que venir du fond des âges, des productions de tous ordres, des luttes et conflits de toutes natures qui se fondent, se dissipent ou se recomposent dans les enjeux actuels sans que jamais les techniques nouvelles ou de nouveaux intérêts puissent du passé faire table rase (n’en déplaise à nombre de mes camarades). Nos choix, aux Ouches de Chaudeyrolles, à Molines ou aux Beaumes de Borée, pour privés qu’ils soient, dynamisent la transmission culturelle ne serait-ce que parce qu’ils mobilisent et mettent en valeur le savoir des artisans d’hier et d’aujourd’hui. La partie la plus riche de ce petit film, c’est la parole des lauzeurs.

De quel poids pèse cette parole d’artisans auprès des élus, auprès des collectivités territoriales ?
Frédéric Lavachery, Centre Haroun Tazieff

Pour en savoir plus : http://tazieff.fr

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