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Vendredi écologie

Féminisme, réforme des retraites, faire grève est un acte écologique !

Cette semaine, avec Reporterre, le média de l’écologie, plein phare sur les mouvements de grève et de manifestation en France.

Les articles du focus d’aujourd’hui sont à retrouver en entier ici !


Les salariés de la raffinerie Total de Grandpuits en grève en janvier 2021. – © NnoMan Cadoret/ Reporterre

Avec la grève, le monde ralentit, transports et chaînes de production s’arrêtent… Naît alors un temps propice à l’entraide, aux discussions sur la place du travail dans la société. Et sur ce qui doit, ou non, redémarrer.

“Pourquoi faire grève est un acte écologique”

Chiffrer l’empreinte carbone d’une grève est un exercice épineux, car il s’agit de mettre en balance une réduction exceptionnelle des émissions liées à la baisse de production d’un côté, et les pollutions exceptionnelles entraînées par le mouvement de l’autre. D’après le magazine Capital, si une grève « coûte » 1 milliard d’euros par jour, c’est parce qu’elle entraîne une baisse d’activité de 15 à 20 % : les émissions de gaz à effet de serre baissent donc en proportion. […] Mais dans le même temps, le site gouvernemental Sytadin enregistrait 500 kilomètres de bouchons cumulés à Paris dans la journée de mardi, une valeur bien au-dessus de la moyenne, et qui s’explique par un report des transports en commun vers la voiture. Garder les yeux rivés sur les courbes ne semble donc pas le meilleur indicateur. […]

Voyons plus large. Comme le soulignait à Reporterre l’économiste Geneviève Azam, « la grève est profondément écologique d’abord parce qu’elle limite la production. Mais pas seulement. La grève est aussi un moment suspendu qui nous libère, une forme de respiration, de pause alors que tout s’accélère autour de nous ».

“Pourquoi faire grève est un acte écologique”

Spécialiste des mouvements sociaux et auteur d’un Antimanuel de socio (Bréal, 2022), le sociologue Alessio Motta observe : « La grève, quand elle s’installe dans une certaine durée, est un cadre dans lequel se créent à la fois des espaces et des moments libres qu’on va consacrer à la réflexion sur le sens et l’organisation du travail. C’est un moment où les gens cessent d’être travailleurs et consommateurs, et deviennent plus citoyens. » Dans ces temps morts s’organisent des assemblées générales, pour discuter de l’organisation du mouvement, mais aussi de sujets annexes. « Ces dernières années, on remarque beaucoup d’assemblées générales qui se forment pour discuter particulièrement d’écologie ou de féminisme, même lorsque la grève n’est pas en lien avec ce sujet », remarque Alessio Motta.

“Pourquoi faire grève est un acte écologique”
Les blocages mettent soudainement en lumière toute la chaîne de production

Lorsqu’une usine, une centrale ou une gare arrêtent de fonctionner, c’est toute la chaîne de production (et de pollutions) qui est soudain mise en valeur : de qui elle dépend, comment elle fonctionne, à quels besoins elle répond, comment on peut y trouver des alternatives… « Certains des blocages revendiqués par les grévistes […] sont l’occasion de mener des enquêtes sur les effets de la mise à l’arrêt d’une infrastructure », relève Alexandre Monnin.

“Pourquoi faire grève est un acte écologique”
8 mars 2023, journée de mobilisation pour les droits des femmes. La grève est « un moment où les gens cessent d’être travailleurs et consommateurs, et deviennent plus citoyens. » © Cha Gonzalez / Reporterre
En janvier, la CGT et la CFDT ont enregistré 50 % d’adhésions en plus que d’habitude. © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Ça veut dire quoi, bloquer le pays ? « Fermer les raffineries », « travailler moins pour polluer moins », « réfléchir à un autre rapport au temps »… Reporterre a interrogé des manifestants à Paris, Rennes et Alès.

Alès, Paris, Rennes, reportage

Contre la réforme des retraites, les syndicats ont appelé à « bloquer le pays ». La pire des choses pour Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, car ce serait « prendre le risque d’une catastrophe écologique, agricole, sanitaire voire humaine ». Et pour les manifestants ? Le 7 mars, Reporterre est allé rencontrer ceux qui n’ont pas peur de mettre la France à l’arrêt à Paris, Rennes et Alès, dans des cortèges qui n’ont jamais été aussi fournis.

“C’est quoi « bloquer le pays » ?”

Michèle : « C’est bloquer les raffineries »

« Bloquer le pays, c’est soutenir et protéger ceux qui peuvent vraiment bloquer : les routiers, les gaziers, ceux qui travaillent dans les raffineries. »

Michèle Faget, habitante de Vialas (Lozère), 68 ans. © Reporterre

Anthony et Émile : « Mettre le capitalisme à genoux »

« Bloquer le pays, c’est arrêter l’économie et mettre le capitalisme à genoux. Regardez autour de vous : la poudre est là, il suffit d’y mettre le feu. »

Anthony et Émile, tous les deux 19 ans, membres des Jeunesses communistes d’Alès (Gard). © Reporterre

Valérie : « Bloquer les supermarchés »

« Bloquer le pays, c’est bloquer les supermarchés, car leurs stocks dépendent des camions. En deux jours, ils n’auraient plus d’approvisionnement. Si on touche les gros groupes, qu’ils n’ont plus de rentrées d’argent, peut-être que le gouvernement n’aura plus d’autre choix que de nous écouter. »

Valérie, 59 ans, fromagère et sa belle-fille Léa, 25 ans. © Reporterre

Agnès et Julien : « Faire la grève reconductible »

« Bloquer le pays, c’est aller plus loin : faire la grève reconductible, bloquer les raffineries, les centrales nucléaires. À Alès, c’est bloquer la rocade, souder le portail de la sous-préfecture… pourquoi pas ? Ce serait dommage d’en arriver là, mais c’est la méthode du gouvernement de pousser les gens vers les extrêmes. »

Agnès et Julien Polj, la quarantaine, salariés du privé (Gard). © Reporterre

Vincent : « Quand on sera tous épuisés par le travail, la France sera à l’arrêt »

« Bloquer le pays, à très long terme, c’est ce qu’il va se passer si l’on continue avec de telles réformes. Le jour où l’on sera tous cassés, épuisés par le travail, la France sera à l’arrêt. Quand il n’y aura plus d’infirmières, d’éboueurs, de maçons, parce qu’ils seront tous usés jusqu’à l’os, là, le pays sera réellement bloqué. »

Vincent, acteur au Théâtre du Soleil, à Paris. © Reporterre

Juliette : « C’est réfléchir à un autre rapport au temps »

« Pour moi, bloquer le pays, c’est nous donner l’occasion d’inventer un autre avenir, réfléchir à un autre rapport au temps. Acceptons enfin de moins travailler, d’avoir du temps libre, pour s’occuper de la planète, de nos aînées, de la vie associative et de la production alimentaire autonome. Cessons de faire croire que le travail est forcément marchand. »

Juliette, musicienne dans la fanfare La Clé de Lutte, 32 ans. © Reporterre

Pauline : « C’est limiter les politiques extractivistes »

« Bloquer le pays, c’est limiter les politiques extractivistes, repenser le travail avant de réformer les retraites. Aujourd’hui, ce travail condamne les humains, les femmes et la terre. Il n’est pas compatible avec les ressources naturelles, ni même la psychologie humaine. Combien de burn out et de suicides cause-t-il ? Chez moi, en Belgique, on travaille jusqu’à 67 ans… Alors, un conseil à mes amis français, battez-vous maintenant ! »

Pauline, étudiante belge à Paris Dauphine, en développement durable, 21 ans. © Reporterre

Anouck : « C’est écraser le patriarcat et le patronat »

« Bloquer le pays, c’est écoféministe. C’est écraser le patriarcat et le patronat. »

Anouck, 22 ans, étudiante à l’école des Beaux-Arts de Rennes. © Reporterre

Guillaume : « C’est travailler moins pour polluer moins »

« Bloquer le pays, c’est travailler moins pour polluer moins. Et aussi, prendre le temps de réfléchir tous ensemble en se posant les bonnes questions. »

Guillaume, 33 ans, chercheur en Chimie à l’université Rennes 1. © Reporterre

June : « Sans les travailleuses et travailleurs, la société n’avance pas »

« Bloquer le pays, c’est montrer au monde que sans les travailleuses et travailleurs, la société n’avance pas. Les patrons ne peuvent pas faire tourner l’économie tout seuls. »

June, 17 ans, étudiante en L1 de philosophie à Rennes 1. © Reporterre

Quels sont les liens entre féminisme et écologie ? Reporterre a posé la question à six défenseuses de l’environnement lors de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.
“Écologie et féminisme, même combat”

Salma Lamqaddam : «Dans les pays du Sud, des collectifs d’ouvrières du textile tentent de se mobiliser»

Salma Lamqaddam, chargée de campagne chez ActionAid. © Cha Gonzalez / Reporterre

Marine Calmet : «La domination des femmes, celle de la nature… C’est la même logique d’appropriation»

Avocate et juriste en droit de l’environnement, présidente de l’association Wild Legal. © Cha Gonzalez / Reporterre

Élodie Nace : «Nos combats sont complémentaires, nous portons le projet d’une autre société»

Élodie Nace, porte-parole d’Alternatiba Paris. © Cha Gonzalez / Reporterre

Cathy Remi : «L’écoféminisme n’est pas seulement une pensée intellectuelle»

Cathy Remi, militante écoféministe. © Cha Gonzalez / Reporterre

Violetta : «L’extractivisme en Amérique latine est une nouvelle vague du colonialisme»

Violetta, militante féministe mexicaine. © Cha Gonzalez / Reporterre

Retrouvez tout ces articles en entier, et bien plus, directement sur le site de Reporterre.

Crédits images : Reporterre; Cha Gonzalez, Emmanuel Clévenot, NnoMan Cadoret

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