Oct
Vendredi écologie
C’est tout près de chez nous, bien évidemment, cette semaine, reZonance met les phares sur le village de Saint Pierre de Colombier !
© CHARLIE HEBDO

Depuis plusieurs années, le projet de construction d’un complexe religieux, sur les rives de la Bourges, à Saint Pierre de Colombier, se heurte à une opposition forte. Une catastrophe au point de vue de l’environnement, pour ces terres, au cœur de la vallée, reconnues d’Intérêt écologique, faunistique et floristique, sur le territoire du Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche.

©LES AMI.E.S DE LA BOURGES

“”Orgueilleux”, “démesuré”, “trop démonstratif”... Dans le parc régional des monts d’Ardèche, un chantier déchaîne les passions depuis près de 5 ans à Saint-Pierre-de-Colombier.”

Dolores Mazzola, pour France 3 Régions, le 20/02/2023

« Ce projet aura une emprise foncière de plus de 7 ha. Ça va artificialiser des terres récemment reconnues et classées comme agricoles et situées au bord de la rivière. »

Thomas Dervin, militants du collectif Les Ami.e.s de la Bourges, pour Charlie Hebdo, le 25/09/2019
©FRANCE 3 RÉGIONS

Des travaux absurdes qui fracturent les acteurs et les habitants. Cette semaine, la tension monte alors que les travaux de terrassement commencent sur le site naturel.

“Le 12 octobre, les heurts ont conduit à stopper le chantier. Le 16 octobre, sous l’œil d’une douzaine de gendarmes, une quarantaine de militants se sont à nouveau introduits sur le chantier, provoquant la fureur des religieux. Le fameux plaquage a eu lieu alors que les écologistes tentaient d’arrêter la pelleteuse, tandis que les religieuses formaient une chaîne humaine et chantaient autour de l’engin afin de le protéger. Une trentaine de membres de La Famille missionnaire de Notre-Dame ont ensuite chanté des prières, tantôt en français, tantôt en latin. Vêtus de jupes et pantalons bleu foncé, tous identiques, ils étaient facilement reconnaissables.”

Laura Cardin, pour Reporterre, le 18/10/2023

Ce jeudi, une table ronde avec la préfète du département de l’Ardèche, une responsable de la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) et les opposants à eu lieu.

“Nous serons toujours sur le chemin de la pelleteuse” disaient les opposants à la sortie de la réunion

Comme ses prédécesseurs, la nouvelle préfète de l’Ardèche arrivée en août dernier fait face aux contradictions de ce dossier : la famille missionnaire de Notre-Dame possède un permis de construire légal, même s’il fait l’objet d’un recours devant la cour administrative d’appel de Lyon. Par ailleurs la présence d’une espèce végétale protégée qui est apparue par intermittence dans ce dossier a bien été confirmée en mai dernier par l’office français de la biodiversité. Elle devrait donner lieu à une demande de dérogation qui n’a pas été faite expliquent les opposants.

Pierre-Jean Pluvy, pour France Bleu Drôme Ardèche, le 19/10/23
©LE DAUPHINE LIBÉRÉ

“Pour l’heure, les opposants ont gagné la bataille : les travaux de terrassement sont à l’arrêt, comme l’a demandé la préfecture. Une victoire à nuancer car depuis quatre ans, le chantier avance. À petits pas certes, mais il avance. Une passerelle a notamment été construite sur le lit de la rivière, de même qu’une aire de retournement le long de la route principale. La bataille qui a lieu sur ce terrain nu est celle de la dernière chance. C’est ici que devraient être construits les bâtiments d’accueil des pèlerins. Et peut-être un jour une église — dont la construction est pour l’instant interdite par l’évêque de Viviers, qui la juge démesurée.

Sur ce terrain subsiste encore la dernière espèce protégée que le collectif Les Ami.es de la Bourges espère encore sauver : le réséda de Jacquin, petite plante parfumée du sud de la France aux fleurs blanches. Sa présence a été constatée en mai dernier par l’Office français de la biodiversité et le Conservatoire botanique national. « C’est un peu notre espèce parapluie… C’est elle qui va nous permettre de faire couler le projet », assure avec optimisme Pierrot Pantel, ingénieur écologue.

Pour les militants, cela ne fait aucun doute : le droit de l’environnement n’est pas respecté. La semaine dernière, l’association Les Ami.es de la Bourges et l’Association nationale pour la biodiversité ont porté plainte pour la destruction de cette espèce et l’altération de son habitat. De son côté, La Famille missionnaire Notre-Dame assure n’avoir jamais constaté la présence de cette espèce protégée et avoir mis en défens les espaces où la plante aurait été vue. Une hérésie pour Pierrot Pantel qui assure que l’ensemble de la parcelle fait partie du biotope du réséda de Jacquin.”

Laura Cardin, pour Reporterre, le 18/10/2023
©REPORTERRE

Si la situation reste en suspens, faute de décisions plus précise, le site naturel lui, reste un espace qui abrite des espèces protégées. Notamment le réséda de Jacquin, une espèce protégée.

“Lundi 20 février 2023, devant le TA de Lyon, l’avocat du collectif a mis en avant “l’atteinte aux espèces protégées”.  

“Sur le site 47 espèces protégées sont recensées. Les mesures d’évitement sont totalement insuffisantes. Certaines espèces sont tout simplement ignorées par l’étude de Naturalia, notamment les rapaces”, a expliqué avant l’audience, Me Guillaume Tumerelle, l’avocat du collectif. S’appuyant sur l’analyse critique du dossier Naturalia, à la fois par le Parc naturel régional des Monts d’Ardèche (PNMA) et l’Association nationale pour la biodiversité (ANB),  Me Tumerelle a dénoncé une étude “totalement biaisée”, notamment au plan méthodologique.
“On a écarté de la zone d’étude, la Bourges elle-même”, évoquant “une étude tout à fait partiale déposée par la Famille Missionnaire”. “Une analyse faite par le parc régional confirme qu’il y a des impacts totalement sous-évalués et un impact conséquent sur les espèces protégées”, a-t-il ajouté.”

Dolores Mazzola, pour France 3 Régions, le 20/02/2023
©FRANCE 3 RÉGIONS

Pour le moment, les tensions restent présentes. Faute de réponse de la justice, le chantier se poursuit.

Les travaux de construction du complexe religieux de Saint-Pierre-de-Colombier se poursuivront-ils ? La réponse est oui. La préfète d’Ardèche, Sophie Elizeon, l’a indiqué dans un communiqué publié ce vendredi 20 octobre.  

“À ce stade, les éléments portés à la connaissance de la préfète ne modifient pas la situation. Aussi, l’arrêté préfectoral du 29 novembre 2022 décidant la reprise des travaux reste en vigueur”, peut-on lire dans le document.  

Le Dauphiné Libéré, le 20/10/2023

Reportages utilisés pour cet article :

CHARLIE HEBDO – “Saint-Pierre-de-Colombier : un village sous l’emprise de dieu“, le 25/09/2019

FRANCE 3 RÉGIONS – “Un complexe religieux divise en Ardèche à Saint-Pierre-de-Colombier, on vous explique pourquoi“, le 20/02/2023

FRANCE 3 RÉGIONS – “Des religieuses se mobilisent pour la reprise du chantier du centre religieux de Saint-Pierre-de-Colombier“, le 16/10/2023

REPORTERRE – “Une bonne sœur plaque un écolo : récit d’une semaine de bisbilles en Ardèche“, le 18/10/2023

FRANCEBLEU – “Saint-Pierre-de-Colombier : les religieux s’en remettent à Dieu et à l’Etat“, le 18/10/2023

FRANCEBLEU – “Saint-Pierre-de-Colombier : les réunions en préfecture qualifiées de houleuses“, le 19/10/2023

FRANCE 3 RÉGIONS – “Chantier religieux de Saint-Pierre-de-Colombier : les travaux se poursuivent en attendant une réponse de la Justice“, le 20/10/2023

LE DAUPHINE LIBÉRÉ – “Centre religieux de Saint-Pierre-de-Colombier : « L’arrêté préfectoral de reprise des travaux reste en vigueur » affirme la préfète“, le 20/10/2023

Pour suivre l’actualité des manifestations et comprendre tout l’historique du projet, retrouvez Les Ami.e.s de la Bourges, sur Facebook, ou leur site Internet :

Crédits images et vidéos : ©CHARLIE HEBDO; FRANCE 3 RÉGIONS; LES AMI.E.S DE LA BOURGES; REPORTERRE; FRANCEBLEU; LE DAUPHINE LIBÉRÉ

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